L'avènement de la 5G et de l'Internet des Objets : état des lieux en 2024
La cinquième génération de téléphonie mobile, la fameuse 5G, et la montée en puissance de l’Internet des Objets (IoT) bouleversent déjà nos usages du numérique. Des promesses d’usines intelligentes aux voitures connectées et villes plus réactives, ces deux technologies s’imposent désormais comme un nouveau socle d’innovation. Mais que révèle concrètement leur déploiement après plusieurs années de tests et de premières mises sur le marché en France ?
Déploiement 5G : ambitions, réalités et premiers enseignements
Lancée officiellement fin 2020 dans l’Hexagone, la 5G couvrait, début 2024, plus de 70% de la population selon l’Arcep. Tous les opérateurs (Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free) avancent à marche forcée, avec des centaines de villes désormais connectées. Sous ses airs de simple montée en débit, la 5G constitue cependant une rupture plus profonde qu’il n’y paraît, notamment grâce à sa latence réduite et sa capacité à connecter simultanément des millions d’objets par kilomètre carré.
En pratique, la majorité des sites déployés en France utilisent aujourd’hui la « 5G DSS » (partage de spectre avec la 4G) et la bande 3,5 GHz, offrant un compromis entre couverture et performance. Pour atteindre les débits annoncés (jusqu’à 1 Gbit/s en pointe), l’extension à la bande 26 GHz (millimétrique) reste encore limitée, cantonnée pour l’instant à certaines zones pilotes et à des usages industriels précis.
Les principaux défis relevés :
- Des inégalités régionales : la couverture reste optimale dans les grandes villes, plus lente en zones rurales.
- La nécessité de densifier les antennes pour garantir une latence très basse, notamment pour les applications industrielles sensibles.
- Une adoption encore freinée par le renouvellement du parc de smartphones et les incertitudes sur l’usage réel au quotidien.
L'IoT, catalyseur de la transformation numérique
L’Internet des Objets, ou IoT, désigne la connectivité croissante de capteurs, machines, véhicules ou appareils du quotidien, dialoguant entre eux ou avec le cloud. Ce secteur n’est plus anecdotique : selon l’Idate, on approchera les 30 milliards d’objets connectés dans le monde en 2025, dont plusieurs millions déjà activés sur le seul territoire français.
En France, l’écosystème IoT s’appuie sur des réseaux variés : anciens standards bas débit (Sigfox, LoRa), 4G LTE-M, NB-IoT et plus récemment, les réseaux 5G privés dédiés à l’industrie. L’arrivée de la 5G ouvre la porte à de nouveaux cas d’usage, là où la 4G ou les protocoles basse consommation montraient leurs limites en matière de volume de données ou de temps réel.
Principaux secteurs déjà transformés :
- La ville intelligente (capteurs de pollution, gestion intelligente de l’éclairage ou du stationnement)
- L’industrie 4.0 (pilotage de machines à distance, maintenance prédictive, automatisation logistique)
- La santé (télésurveillance médicale, équipements connectés pour le maintien à domicile)
- L’agriculture de précision (suivi d’irrigation, gestion animale, météo hyperlocale)
- La mobilité et le transport (flottes de véhicules partagés, smart parking, gestion du trafic)
Cas concrets et premiers retours d’expérience terrain
Industrie : l’exemple des usines connectées
Des groupes tels que Schneider Electric ou le consortium « 5G Lab » des Hauts-de-France expérimentent dès maintenant des réseaux 5G privés sur leurs sites. À l’épreuve des faits, la 5G s’impose surtout pour la synchronisation de robots autonomes (AGV), la vision industrielle en temps réel et le traitement dans le cloud sécurisé des données machines. Le gain mesuré en réactivité (latence réelle <25 ms) et en fiabilité (priorisation de flux critiques) ouvre la voie aux « usines du futur » portées par la data.
Ville intelligente : pilotage fluidifié, consommation optimisée
La métropole de Lyon, précurseur, teste depuis 2022 un réseau 5G municipal dédié (partenariat Bouygues). Parmi les résultats concrets : la gestion de l’éclairage public optimisée par capteurs IoT permettrait jusqu’à 20% d’économie énergétique, le stationnement connecté réduit les temps de recherche des automobilistes, les caméras intelligentes facilitent la sécurité sans augmenter la pression sur les réseaux classiques.
Mobilité et santé : des applications en essor mais encore segmentées
Quelques hôpitaux pilotes (Marseille, Nancy) expérimentent la télésurveillance ambulatoire en 5G, en remontant des flux de données biomédicales des patients à domicile avec une fiabilité accrue. Dans la mobilité, la SNCF équipe progressivement ses gares et trains d’IoT pour la maintenance prédictive et guides voyageurs connectés, même si la bascule en 5G totale est encore devant nous.
Limites et obstacles du duo 5G-IoT : une transition progressive
Si le potentiel paraît immense, les retours du terrain confirment aussi certains blocages :
- Interopérabilité : une jungle de protocoles et de standards (LoRa, Sigfox, LTE-M, Wi-Fi, 5G, etc.) qui oblige encore les acteurs à jongler avec plusieurs systèmes et plateformes cloud.
- Souveraineté et cybersécurité : nombre d’industriels, collectivités ou hôpitaux restent prudents, la question du stockage de la donnée et de la sécurité réseau restant cruciale. La 5G Standalone (cœur de réseau dédié) progresse lentement car elle implique des investissements lourds en infrastructures sécurisées.
- Besoins énergétiques : le déploiement massif des objets connectés pose la question de leur alimentation (batteries, récupération d’énergie) et du recyclage.
- Coûts d’équipement et de montée en compétence : pour nombre de petites structures, l’accès à la 5G et l’intégration d’IoT avancés restent financièrement et techniquement contraignants.
Quels usages pour demain ? Premières tendances et perspectives
- Réseaux hybrides et plateformes mutualisées : la convergence entre 5G, Wi-Fi 6/7, LTE-M et LoRa continue pour proposer des solutions mixtes, adaptées aux différents contextes (indoor/outdoor, débit/latence, autonomie).
- Edge computing : de plus en plus d’entreprises investissent dans des mini datacenters locaux, capables de traiter en direct les données issues de l’IoT sans transiter systématiquement par le cloud principal. Cela permet de réduire la latence et de renforcer la confidentialité.
- Industrialisation du jumeau numérique : la 5G permet de synchroniser des versions numériques d’usines ou de chaînes de production en temps quasi réel, ouvrant la porte à des simulations complexes et à un pilotage prédictif jamais vu.
- Grand public : si la domotique, les wearables et objets santé connectés profitent déjà de la stabilité de la 4G et du Wi-Fi, les premiers smartphones 5G ont surtout séduit les utilisateurs urbains exigeants, avides de streaming HDR, jeux en cloud gaming et visio 4K sans limite.
Questions budgétaires et impact au quotidien
Le surcoût d’un forfait 5G reste modéré chez les principaux opérateurs, mais l’achat de terminaux compatibles représente parfois un frein. Pour les professionnels et collectivités, la réflexion porte moins sur le prix des objets connectés (en baisse constante), que sur l’investissement dans l’infrastructure réseau, la cybersécurité et la gestion des données. Les premiers résultats montrent toutefois que l’économie d’énergie, la réactivité des équipes et la continuité de service obtenues contrebalancent ces coûts à moyen terme.
Ce qu’en disent les utilisateurs et responsables projets
- Anne, responsable technique dans l’industrie agroalimentaire : « La 5G privée a changé la donne pour la surveillance de nos chaînes de production : la maintenance devient préventive et les équipes alertées en temps réel. Cela demande néanmoins une formation continue et une veille sur la cybersécurité. »
- Lucas, responsable Transformation à la Ville de Rennes : « Pour le pilotage énergétique et la gestion du trafic, l’IoT combiné à la 5G permet de réagir plus vite et de partager des données entre services, mais nous restons attentifs à la question des libertés individuelles et au stockage localisé de ces informations. »
- Camille, consultante IoT indépendante : « L’ère de la 5G ne signe pas la mort des petits protocoles bas débit. On voit de plus en plus de projets associant LoRa ou LTE-M pour les capteurs longue portée, et 5G pour tout ce qui demande robustesse et très faible latence, notamment la vidéo ou le contrôle à distance. »
Bilan : maturité progressive et accélération post-2024
Après trois années de premiers déploiements, la 5G et l’IoT ne relèvent plus du simple buzz marketing. Les applications concrètes se multiplient, y compris au cœur de la logistique, de la santé publique ou de l’aménagement urbain. Si certains défis techniques et budgétaires persistent (interopérabilité, sécurité, montée en compétence), la France se positionne désormais comme un laboratoire actif sur ces enjeux. Le quotidien des usagers urbains, des entreprises innovantes comme des collectivités pionnières commence déjà à changer, à mesure que s’invente une société plus connectée, plus réactive — mais aussi plus vigilante sur la gestion de ses flux de données.
Reste à suivre les prochaines étapes : généralisation des réseaux 5G autonomes, normalisation et éthique de la donnée IoT, accessibilité de ces technologies au tissu des PME, et émergence de nouveaux usages encore insoupçonnés… Le paysage électronique français entre dans une ère de mutation accélérée, avec pour promesse une transformation numérique à la fois visible et durable au quotidien.