IA & data

Comprendre les data lakes : révolution ou simple évolution ?

Par Maxime
6 minutes

Data lakes : à l'origine d'une nouvelle vague dans la gestion des données


Depuis plusieurs années, les entreprises cherchent à valoriser leurs quantités massives de données issues de multiples sources : applications métiers, objets connectés, réseaux sociaux, logs de serveurs, ou encore images et vidéos. Jusqu’à présent, les data warehouses (entrepôts de données structurées) étaient la référence pour rassembler et analyser ces informations, mais une nouvelle approche bouscule les pratiques : les data lakes. Souvent présentés comme l’étape suivante de la transformation digitale, ils réinventent la manière dont les organisations collectent, stockent et exploitent leurs données. Mais constituent-ils une révolution ou une simple évolution technologique ?


Le concept de data lake : qu’est-ce qui change réellement ?


Un data lake, littéralement « lac de données », est une plateforme qui permet de stocker des volumes massifs de données de toutes formes – structurées, semi-structurées ou non structurées – dans un format natif, sans schéma imposé en amont. Cette approche s’oppose à la logique des entrepôts de données classiques, qui réclament une modélisation préalable (« schéma-on-write »).


Le principe du data lake repose sur le « schéma à la lecture » (« schema-on-read ») : les données sont stockées sans transformation ; elles sont organisées, nettoyées et interprétées seulement au moment où l’on décide de les exploiter. Cela offre une grande flexibilité pour tester de nouveaux cas d’usage, croiser des informations de nature variée ou explorer rapidement de nouveaux jeux de données.


  • Stockage massif, bon marché grâce au cloud
  • Ouverture à tous types de données (fichiers, logs, images, vidéos...)
  • Agilité pour l’analyse, la data science et l’IA

Quels bénéfices au quotidien pour les entreprises ?


Une plateforme pour l’innovation et l’intelligence artificielle


Le data lake facilite l’accès à des données brutes issues de multiples sources, ce qui en fait la base idéale pour les travaux de data science, de machine learning et d’expérimentation. Les data analysts, data engineers et chercheurs peuvent itérer plus rapidement sur des jeux de données, sans dépendre des lourdeurs de l’IT pour reformater ou charger les informations dans des bases classiques.


  • Accélération du développement d’algorithmes d’IA
  • Exploration libre de la donnée (sans cadre initial trop rigide)
  • Capacité à intégrer facilement de nouveaux flux de données

Optimisation des coûts de stockage


Grâce à l’utilisation de technologies de stockage cloud orientées « objets » (Amazon S3, Azure Data Lake Storage, Google Cloud Storage...), les data lakes sont économiques à l’échelle du pétaoctet, là où les bases traditionnelles deviennent vite coûteuses lorsque la volumétrie explose.


Un socle unifié pour la gouvernance et la conformité


Consolider la donnée au même endroit simplifie la mise en conformité (RGPD, lois locales sur la data), la sécurisation des accès et la traçabilité.


Data warehouse, data lake : opposition ou complémentarité ?


Les data warehouses restent précieux pour l’analyse opérationnelle, les rapports financiers, les tableaux de bord « métiers » basés sur des données propres, précises et modélisées. Le data lake n’a pas vocation à remplacer ces usages ; il vient en complément, là où il faut tester de nouveaux axes d’analyse, croiser des données disparates ou préparer des applications innovantes.


  • Data warehouse : exploitation de données structurées, requêtes SQL puissantes, vision métier stable
  • Data lake : exploration massive, données hétérogènes, projet d’IA, sandboxes analytiques

De plus en plus de grandes organisations associent désormais les deux modèles pour profiter de la robustesse de l’entrepôt et de l’agilité du data lake. On parle d’architectures lakehouse, hybridant le meilleur de chaque monde.


Cas concrets : data lakes et usages réels


Cas n°1 : la grande distribution


Une enseigne nationale collecte l’historique de transactions, les tickets de caisse numérisés, les mouvements de stocks, les données issues du e-commerce et les retours clients (notes, avis, réseaux sociaux). Grâce au data lake, elle centralise toutes ces informations et alimente ses modèles de prévision, de segmentation marketing ou de détection des fraudes, en croisant données structurées et non structurées. Résultat : une personnalisation accrue et une meilleure anticipation des besoins clients.


Cas n°2 : industrie et Internet des objets (IoT)


Dans l’industrie, les machines connectées génèrent des volumes colossaux de données (débits, températures, vibrations, images thermiques…) quasiment impossible à stocker dans des bases SQL. Le data lake devient un hub central pour ces flux, rendant possible la maintenance prédictive et l’optimisation des processus de production en temps réel.


Cas n°3 : secteur public et ville intelligente


Les collectivités locales agrègent désormais les données du trafic, des capteurs de qualité de l’air, des réseaux d’énergie, des transports ou de participation citoyenne. Un data lake permet de croiser les données pour piloter plus finement les politiques publiques et déployer de nouveaux services urbains (alertes pollution, fluidification du trafic, analyse des comportements urbains).


Les enjeux et limites des data lakes


Victime de son succès : le syndrome du « data swamp »


L’un des principaux risques, dans un data lake mal géré, est de voir le lac se transformer en « marais de données » (data swamp) : un amas chaotique de fichiers, non gouvernés, non documentés, inutilisables faute de lisibilité ou de gestion des droits. Sans une gouvernance solide, la promesse initiale d’agilité se dissout dans la désorganisation.


  • Nécessité de gestion fine des métadonnées (catalogue de données, règles d’accès, documentation)
  • Mise en place de rôles : data stewards, data owners, data engineers
  • Automatisation des flux de traitement (ingestion, nettoyage, archivage)

Complexité technique croissante


Le pilotage d’un data lake réclame des compétences pointues : DevOps, cloud, frameworks analytiques avancés (Spark, Hadoop, Databricks…), gestion fine de la sécurité et orchestration des pipelines de données.


Budgets, accessibilité, impact organisationnel


Le passage au data lake ne demande plus forcément d’investissements massifs en matériel ; grâce au cloud, les coûts sont largement variables et ajustés à la consommation réelle. Cependant, la réussite d’un projet data lake se joue autant sur l’investissements technologique que sur l’évolution des pratiques de travail :


  • Formation des équipes techniques et métiers à la culture data
  • Définition des responsabilités et des circuits de validation
  • Mise en place d’outils de data catalog et de visualisation adaptés à tous les profils utilisateur

La démocratisation de l’accès aux données, dans un cadre sécurisé et intelligent, peut transformer les façons de collaborer, d’innover et même de diriger l’entreprise.


Révolution ou évolution ? Le point de bascule


Le data lake n’a pas pour vocation de tout remplacer : il s’impose comme la réponse pratique à la multiplication des sources et des formats d’information dans l’ère de la donnée. Ce qui bouscule réellement la donne, c’est la possibilité donnée à tous les métiers d’explorer, croiser, enrichir et valoriser des données bien au-delà des seuls chiffres structurés.


Pour certains secteurs – IA, analyse avancée, IoT – il constitue une vraie rupture. Pour d’autres, il s’inscrit plus comme une évolution logique, qui prolonge les pratiques d’entrepôt traditionnelles tout en préparant le terrain à l’innovation. Le défi, désormais, consiste à prendre ce virage en équilibrant ouverture, contrôle, lisibilité et responsabilisation de tous les utilisateurs autour des enjeux de la data gouvernance.


En pratique : prendre le virage du data lake


  • Évaluer les besoins réels : innovation, archivage, science des données, industrialisation des analyses…
  • Choisir la bonne plateforme (AWS, Azure, Google Cloud ou solution open source)
  • Accompagner la montée en compétence des équipes
  • Déployer des outils de data catalog et de sécurité dès la phase pilote
  • Penser en mode « cas d’usage » : chaque flux importé doit servir un objectif clair

Conclusion : data lake et avenir de la donnée


L’essor des data lakes traduit une double réalité : face à la complexification des jeux de données et à l’explosion des volumes, stocker sans a priori et exploiter à la demande devient une nécessité. Ils sont à la fois un puissant levier de transformation et un terrain à défricher, où la technologie seule ne suffit pas : culture, gouvernance, outils et cas d’usage sont les conditions d’une vraie révolution dans la gestion et la valorisation de la donnée.


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