Smartphones

L’impact écologique des smartphones : enjeux et solutions pour réduire son empreinte

Par Maxime
5 minutes

Smartphones et environnement : les dessous de l'impact caché


Ils sont omniprésents dans nos vies, changés tous les deux à trois ans et constituent l’une des vitrines de l’innovation technologique. Pourtant, les smartphones présentent un lourd bilan écologique, de leur fabrication jusqu’à leur fin de vie. En tant que magazine dédié au numérique et à ses effets quotidiens, il est crucial de démêler les enjeux écologiques liés à ces appareils et d’identifier des pistes d’action pour réduire leur empreinte.


Fabrication : l'extraction et la production en ligne de mire


La principale source d’impact environnemental d’un smartphone réside dans sa fabrication. Au cœur de cet enjeu : l’extraction de matières premières. Chaque téléphone renferme plus de 70 matériaux différents, dont des métaux précieux (or, argent, palladium), des terres rares (néodyme, terbium, cobalt), du cuivre et bien sûr du lithium pour les batteries.


L’extraction de ces ressources implique :


  • Une consommation d’eau importante et la pollution de cours d’eau locaux par les déchets miniers.

  • Des émissions de CO2 considérables, liées à l’exploitation minière et au transport.

  • Des atteintes à la biodiversité (déforestation, perturbation des sols).


À cela s’ajoute la phase d’assemblage : deux tiers d’un smartphone sont produits en Asie, dans de grandes usines énergivores fonctionnant principalement à partir d’énergies fossiles.


Usage : consommation d’énergie et obsolescence programmée


Utiliser son smartphone au quotidien semble plus “propre” que de le fabriquer. Pourtant, l’usage n’est pas neutre. Les réseaux de données et les infrastructures de cloud sollicités pour nos applications, vidéos et communications génèrent des émissions croissantes. Selon l’ADEME, la consommation énergétique liée à l’usage représente 11 % de l’empreinte totale sur quatre ans.


L’autre difficulté réside dans l’obsolescence, parfois programmée, des appareils : mises à jour logicielles qui ralentissent l’appareil, batteries non remplaçables, pièces difficiles à réparer… autant de leviers qui réduisent artificiellement la durée de vie d’un smartphone, poussant à un renouvellement prématuré.


Fin de vie : le défi du recyclage et la montagne des déchets électroniques


Chaque année, plus de 50 millions de tonnes de déchets électroniques sont générées dans le monde : smartphones, ordinateurs, tablettes et accessoires. Mais seuls 17 % sont convenablement recyclés. Les smartphones, compacts et complexes, posent plusieurs défis :


  • Démontage difficile : miniaturisation, composants soudés, colle, absence de vis… rendent la récupération des matériaux coûteuse et peu rentable.

  • Exportation vers des pays pauvres, où le traitement se fait dans des conditions dangereuses, avec pollution des sols et risques sanitaires pour les populations locales.

  • Pertes de métaux précieux et gaspillage de ressources non renouvelables.


À l’échelle d’un smartphone, selon les experts, la fabrication et la fin de vie représentent plus de 80 % de l’empreinte carbone totale.


Les solutions individuelles : gestes et choix pour réduire l’impact de son smartphone


Allonger la durée de vie : premier levier efficace


  • Réparer au lieu de remplacer : Faites durer votre téléphone au moins 4 ou 5 ans. Remplacez la batterie, l’écran ou les boutons si besoin. Il existe de nombreux tutoriels et services (magasins ou plateformes en ligne) pour réparer facilement.

  • Protéger l’appareil : Utilisez une coque de protection, une housse et protégez l’écran. Les chutes et la casse représentent la principale cause de renouvellement.

  • Utiliser une housse étanche ou résistante à la poussière — utile en déplacement ou sur les chantiers par exemple.


Adopter l’économie circulaire


  • Acheter reconditionné : Un smartphone reconditionné présente le même usage et bénéficie souvent d’une garantie, tout en évitant la fabrication d’un appareil neuf.

  • Vendre ou donner son ancien téléphone : Privilégiez le don, la revente ou le recyclage auprès de filières certifiées plutôt que de laisser dormir vos anciens modèles dans un tiroir.

  • Recycler via les éco-organismes agréés : Apportez les vieux mobiles dans un point de collecte (boutique, déchetterie, associations) pour garantir la récupération maximale des composants.


Limiter les usages énergivores


  • Privilégier le Wi-Fi plutôt que la 4G/5G dès que possible : moins énergivore et moins sollicitant pour les réseaux.

  • Supprimer les applications inutiles et désactiver la localisation ou le Bluetooth pour économiser la batterie.

  • Réduire la luminosité et le temps d’allumage de l’écran.


Les responsabilités collectives : fabricants, législateurs et l’enjeu de la réparabilité


Si le consommateur peut agir, la clé d’une réduction massive de l’impact écologique des smartphones dépend aussi de l’industrie et des politiques publiques.


Progrès et retards chez les fabricants


  • Certains constructeurs (Fairphone, Shiftphone) conçoivent des appareils modulaires, dont les pièces sont remplaçables et l'empreinte suivie avec transparence.

  • Des entreprises développent des programmes de collecte, de recyclage et d’économie circulaire intégrée, mais ils restent minoritaires.

  • La majorité des acteurs pratiquent encore la miniaturisation et la soudure systématique, bloquant la plupart des réparations.


L’impact des normes et lois récentes


  • L'indice de réparabilité (en France et en Europe) vise à informer le consommateur sur la facilité de réparation avant l’achat.

  • De nouveaux textes obligent les fabricants à garantir l’accès aux pièces détachées et à fournir un support logiciel plus long (mise à jour de sécurité, compatibilité).

  • Des initiatives internationales œuvrent pour la transparence sur l'origine des matières et des conditions de travail (lutte contre les minerais du sang).


Quelles perspectives : vers un smartphone plus « vert » ?


Les géants de la tech annoncent chaque année des objectifs (zéro émission nette, chaînes d’approvisionnement durables, matériaux recyclés), portés autant par des contraintes internes (course à l’image, pression citoyenne) qu’externes (lois, ONG, journalistes). Mais les volumes de vente continuent d’augmenter, portés par la 5G, la course à la photo ou les nouveautés marketing.


Les pistes les plus prometteuses sont :


  • Le développement de filières de recyclage plus efficaces et suffisamment financées ;

  • La normalisation des smartphones modulaires et démontables pour allonger leur vie ;

  • L’émergence de modèles d’économie de fonctionnalité (location, leasing, abonnement à la réparation) ;

  • La conception éco-responsable (choix des matériaux, suppression des substances dangereuses, usage d’énergies renouvelables dans les usines).


Conclusion : concilier numérique et sobriété écologique


S'informer sur l'impact écologique de son smartphone, c’est prendre conscience d’une chaîne complexe qui relie nos usages quotidiens à des enjeux globaux : pollution, diminution des ressources, déchets non traités… Renouveler moins souvent, réparer davantage, choisir des appareils reconditionnés et soutenir les fabricants « verts » : autant de gestes qui, à l’échelle individuelle et collective, contribuent à infléchir la trajectoire d’un secteur appelé à se réinventer.


Le numérique n’est pas en soi incompatible avec la transition écologique. Il s’agit de bâtir une culture de l’usage raisonné, de l’objet pérenne, et d’exiger, par nos choix et par la loi, une technologie vraiment au service de l’humain – et non au détriment de sa planète.


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